Le moment philo de Nico lâhypno – Temps de lecture 4 mn
2° leçon de cette journĂ©e si forte en Ă©motions (cf Lâhumain et le cĆur) : ce que peut nous faire faire la peur.
Un lundi aprĂšs-midi, Lili sâest enfuie.
Quand elle est dans son univers, le nÎtre, plein de passage, avec tous ces inconnus clients et amis, elle va vers, vivement. Curieuse, fureteuse, joueuse, elle observe, renifle, explore, elle manifeste de suite attention, et envie de connaßtre, de comprendre. Elle ne prend pas le nouveau venu comme une menace, mais comme un territoire à découvrir.
Et câest un plaisir de la voir ainsi.
Switch à 180° quand elle se sent en danger.
Elle sâaplatit comme une crĂȘpe, avance comme en embuscade, les oreilles en flĂšche vers lâarriĂšre, la tĂȘte au raz-du-sol, les Ă©paules remontĂ©es, elle Ă©vite.
Tétanisée, parce que terrorisée.
Câest pour ça quâelle sâest Ă©chappĂ©e cet aprĂšs-midi oĂč jâai tentĂ© de la balader, avec le fol espoir de lâacclimater au vaste monde, parce que jâaimerais bien pouvoir lâemmener parfois avec moi ailleurs quâici.
Je lâai gardĂ©e au creux de mes bras tout lâaller et au retour, Ă 100 mĂštres de la maison, dans une petite rue calme presque piĂ©tonne oĂč nous sommes dĂ©jĂ allĂ©es, je lâai mise au sol pour voir si ça allait mieux.
Jâai vuâŠ
DĂšs quâelle a repĂ©rĂ© un petit trou sous une porte en fer qui lui a paru refuge, elle sây est prĂ©cipitĂ©e. Et a coulissĂ© comme une flĂšche hors du harnais et de ma portĂ©e.
Je ne lâai retrouvĂ©e que 7 heures plus tard !
Jâai crapahutĂ© en vain dans le quartier en fin de journĂ©e, quand le bruit sâapaise, interpellant les passants, collant des affichettes partout oĂč je pouvais.
Puis je suis retournĂ©e lĂ oĂč elle sâĂ©tait Ă©vadĂ©e. Jâai reconnu son miaulement immĂ©diatement.
Elle y Ă©tait restĂ©e tout ce tempsâŠ
Je mâattendais Ă ce quâelle se prĂ©cipite vers moi, comme elle le fait quand je rentre chez nous.
Que nenni. Un mini morceau de museau, un aperçu de patte, une approche éphémÚre et elle filait.
Pire, les 2 fois oĂč aprĂšs lâavoir longuement appĂątĂ©e de mes appels et de ses croquettes, jâai cru lâavoir enfin « chopĂ©e », elle sâest Ă nouveau Ă©chappĂ©e.
Une 1° fois subrepticement, une 2° en sâagitant tellement quâelle mâa farouchement griffĂ©e.

Ăa mâa beaucoup bousculĂ©e.
Quâelle puisse en arriver Ă me considĂ©rer comme lâopposĂ© dâune source de protection.
Depuis 3 ans, elle sait Ă©videmment que je la nourris, que je mâoccupe dâelle, que je suis sa gardienne.
Elle a clairement son caractĂšre. Mais est clairement aussi lĂ pour moi.
TrĂšs prĂ©sente, quâelle me regarde ou pas, elle sâinstalle toujours Ă quelques pas de moi.
TrĂšs cĂąline, elle rĂ©clame rĂ©guliĂšrement sa dose dâattention, de caresses, de bisous.
Pour ma plus grande joie.
Et dans un moment de peur intense, tout ça est comme projectilé.
Ăa nâexiste plus, ça ne suffit plus. Â
Alors, il mâa fallu vraiment du temps, de la patience, de la constance.
Jâai dĂ» mây reprendre Ă 3 fois.
La 1° avec lâadorable aide de Justine, une inconnue, fan des fĂ©lins qui est venue me prĂȘter main douce mais forte. Et est restĂ©e une bonne demie heure Ă mes cĂŽtĂ©s Ă tenter dâamadouer ma petite panthĂšre apeurĂ©e.
La 2° en solo. Jâai attendue posĂ©e, devant la porte de mĂ©tal, avec une grande serviette pour quâelle puisse sây pelotonner (et que je puisse la ramener)
Elle nâa fait que recommencer ses mini apparitions.
Jâen ai Ă©tĂ© bien Ă©nervĂ©e pour dire le vrai
Je suis rentrée.
Je suis revenue.
A minuit passĂ©, jâai escaladĂ© un mur, suis retournĂ©e dans le jardin oĂč elle mâavait griffĂ©e.
Ai rĂ©ussi enfiiin Ă lâamadouer, lâapprocher et ĂŽ joie lâattraper !
Mais je ne pouvais pas rĂ© escalader dans lâautre sens avec elle dans les brasâŠ
Je me suis vue passer la nuit lĂ , sans savoir quoi faire.
Il mâa fallu dĂ©passer lâagacement et la frustration quâelle puisse momentanĂ©ment me donner lâimpression de me rejeter.
J’ai dĂ» lĂącher.
Il mâa fallu accepter de comprendre ce quâelle ressentait.
J’ai dĂ» faire en sorte de faire passer ses Ă©motions avant les miennes.
Il mâa fallu me dire que de toute façon, la seule solution, câĂ©tait de rentrer dans son univers Ă elle.
Et câest uniquement quand jâai acceptĂ© profondĂ©ment dâĂȘtre dans cet Ă©tat dâesprit-lĂ que ça a marchĂ©.
Quand jâai compris intellectuellement, mais surtout Ă©motionnellement lâampleur de sa peur.
Quand jâai rĂ©ussi Ă mây connecter pour de vrai.
Jâai rĂ©alisĂ© Ă quel point câest exactement ce que nous avons Ă faire si nous voulons vraiment ĂȘtre AVEC lâautre.
Ăa nâest ni simple, ni facile
Ăa vient nous confronter. ConsidĂ©rablement.
Mais câest impressionnant comme ça nous fait grandir
Ce que jâai ressenti aprĂšs cette journĂ©e bien dense, quand je la tenais dans mes bras, emmaillottĂ©e dans une grande serviette, blottie contre moi Ă©tait incroyablement rassĂ©rĂ©nant.
Â
Protéger, prendre soin, se connecter pour de vrai fait un bien fou en réalité.
Ăa prend du temps, de lâĂ©nergie, câest exigeant, mais câest probablement une des plus belles choses pour lesquelles nous sommes lĂ .
Nâest-ce pas ?

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