đŸ˜» La petite chatte et la peur 🙀

L’adorable petite chatte de Nico Toublanc, hypnothĂ©rapeute et coach Ă  Lyon 4, regard vers le ciel devant un jasmin.

Le moment philo de Nico l’hypno – Temps de lecture 4 mn

2° leçon de cette journĂ©e si forte en Ă©motions (cf L’humain et le cƓur) : ce que peut nous faire faire la peur.

Un lundi aprùs-midi, Lili s’est enfuie.

Quand elle est dans son univers, le nÎtre, plein de passage, avec tous ces inconnus clients et amis, elle va vers, vivement. Curieuse, fureteuse, joueuse, elle observe, renifle, explore, elle manifeste de suite attention, et envie de connaßtre, de comprendre. Elle ne prend pas le nouveau venu comme une menace, mais comme un territoire à découvrir.
Et c’est un plaisir de la voir ainsi.

Switch à 180° quand elle se sent en danger.
Elle s’aplatit comme une crĂȘpe, avance comme en embuscade, les oreilles en flĂšche vers l’arriĂšre, la tĂȘte au raz-du-sol, les Ă©paules remontĂ©es, elle Ă©vite.
Tétanisée, parce que terrorisée.

C’est pour ça qu’elle s’est Ă©chappĂ©e cet aprĂšs-midi oĂč j’ai tentĂ© de la balader, avec le fol espoir de l’acclimater au vaste monde, parce que j’aimerais bien pouvoir l’emmener parfois avec moi ailleurs qu’ici.
Je l’ai gardĂ©e au creux de mes bras tout l’aller et au retour, Ă  100 mĂštres de la maison, dans une petite rue calme presque piĂ©tonne oĂč nous sommes dĂ©jĂ  allĂ©es, je l’ai mise au sol pour voir si ça allait mieux.
J’ai vu

DĂšs qu’elle a repĂ©rĂ© un petit trou sous une porte en fer qui lui a paru refuge, elle s’y est prĂ©cipitĂ©e. Et a coulissĂ© comme une flĂšche hors du harnais et de ma portĂ©e.

Je ne l’ai retrouvĂ©e que 7 heures plus tard !
J’ai crapahutĂ© en vain dans le quartier en fin de journĂ©e, quand le bruit s’apaise, interpellant les passants, collant des affichettes partout oĂč je pouvais.
Puis je suis retournĂ©e lĂ  oĂč elle s’était Ă©vadĂ©e. J’ai reconnu son miaulement immĂ©diatement.
Elle y était restée tout ce temps

Je m’attendais Ă  ce qu’elle se prĂ©cipite vers moi, comme elle le fait quand je rentre chez nous.
Que nenni. Un mini morceau de museau, un aperçu de patte, une approche éphémÚre et elle filait.
Pire, les 2 fois oĂč aprĂšs l’avoir longuement appĂątĂ©e de mes appels et de ses croquettes, j’ai cru l’avoir enfin « chopĂ©e Â», elle s’est Ă  nouveau Ă©chappĂ©e.
Une 1° fois subrepticement, une 2° en s’agitant tellement qu’elle m’a farouchement griffĂ©e. 

Ça m’a beaucoup bousculĂ©e.

Qu’elle puisse en arriver Ă  me considĂ©rer comme l’opposĂ© d’une source de protection.
Depuis 3 ans, elle sait Ă©videmment que je la nourris, que je m’occupe d’elle, que je suis sa gardienne.
Elle a clairement son caractĂšre. Mais est clairement aussi lĂ  pour moi.
TrĂšs prĂ©sente, qu’elle me regarde ou pas, elle s’installe toujours Ă  quelques pas de moi.  
TrĂšs cĂąline, elle rĂ©clame rĂ©guliĂšrement sa dose d’attention, de caresses, de bisous.
Pour ma plus grande joie.

Et dans un moment de peur intense, tout ça est comme projectilé.
Ça n’existe plus, ça ne suffit plus.  

Alors, il m’a fallu vraiment du temps, de la patience, de la constance.
J’ai dĂ» m’y reprendre Ă  3 fois.
La 1° avec l’adorable aide de Justine, une inconnue, fan des fĂ©lins qui est venue me prĂȘter main douce mais forte. Et est restĂ©e une bonne demie heure Ă  mes cĂŽtĂ©s Ă  tenter d’amadouer ma petite panthĂšre apeurĂ©e.
La 2° en solo. J’ai attendue posĂ©e, devant la porte de mĂ©tal, avec une grande serviette pour qu’elle puisse s’y pelotonner (et que je puisse la ramener)
Elle n’a fait que recommencer ses mini apparitions.
J’en ai Ă©tĂ© bien Ă©nervĂ©e pour dire le vrai
Je suis rentrée.

Je suis revenue.
A minuit passĂ©, j’ai escaladĂ© un mur, suis retournĂ©e dans le jardin oĂč elle m’avait griffĂ©e.
Ai rĂ©ussi enfiiin Ă  l’amadouer, l’approcher et ĂŽ joie l’attraper !

Mais je ne pouvais pas rĂ© escalader dans l’autre sens avec elle dans les bras

Je me suis vue passer la nuit lĂ , sans savoir quoi faire.

Il m’a fallu dĂ©passer l’agacement et la frustration qu’elle puisse momentanĂ©ment me donner l’impression de me rejeter.
J’ai dĂ» lĂącher.
Il m’a fallu accepter de comprendre ce qu’elle ressentait.
J’ai dĂ» faire en sorte de faire passer ses Ă©motions avant les miennes.
Il m’a fallu me dire que de toute façon, la seule solution, c’était de rentrer dans son univers Ă  elle.

Et c’est uniquement quand j’ai acceptĂ© profondĂ©ment d’ĂȘtre dans cet Ă©tat d’esprit-lĂ  que ça a marchĂ©.
Quand j’ai compris intellectuellement, mais surtout Ă©motionnellement l’ampleur de sa peur.
Quand j’ai rĂ©ussi Ă  m’y connecter pour de vrai.


J’ai rĂ©alisĂ© Ă  quel point c’est exactement ce que nous avons Ă  faire si nous voulons vraiment ĂȘtre AVEC l’autre.
Ça n’est ni simple, ni facile
Ça vient nous confronter. ConsidĂ©rablement.
Mais c’est impressionnant comme ça nous fait grandir

Ce que j’ai ressenti aprĂšs cette journĂ©e bien dense, quand je la tenais dans mes bras, emmaillottĂ©e dans une grande serviette, blottie contre moi Ă©tait incroyablement rassĂ©rĂ©nant.
 
Protéger, prendre soin, se connecter pour de vrai fait un bien fou en réalité.
Ça prend du temps, de l’énergie, c’est exigeant, mais c’est probablement une des plus belles choses pour lesquelles nous sommes lĂ .
N’est-ce pas ?

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